Réflexion autour du prix du fenouil et autres légumes

Je vais tenter de résumer l’évolution des tarifs des produits maraîchers en Suisse à partir d’un simple exemple: le fenouil.

Il s’agit d’un exercice complexe, mais crucial à saisir et je tiens à vous préciser qu’avant de me lancer dans la profession de maraîcher biologique, j’ignorais totalement les aspects dont je vais vous parler.

Avez-vous déjà remarqué qu’un fenouil bio, dans une de nos grandes enseignes, passe d’environ 7 francs à 4 francs 50 le kg en décembre et qu’inversement, en mai, le prix remonte à 7 francs le kilo?

Peut-être pas, et pourtant, le phénomène soulève la curiosité, vous ne pensez pas?

Pourquoi un fenouil serait-il moins cher de décembre à fin avril?

Peut-être que l’on en produit trop pendant cette période?

Ou alors, parce qu’il est plus difficile de produire du fenouil en été?

Que nenni! Le fenouil est justement un légume d’été, plus précisément que l’on produit chez nous de la fin de printemps à l’automne, alors oui, pourquoi remarque-t-on cette augmentation de prix?

Parce que de décembre à avril, vous ne trouverez jamais un fenouil suisse dans la grande distribution.

Jamais!

Mais alors, cela signifierait, a contrario, que la grande distribution est tout à fait sympathique de nous acheter nos légumes à prix fort quand c’est la saison de production chez nous?

Pas du tout!

Le monde du légume fait exception en Suisse: nous avons des périodes dites « libres » et des périodes dites « gérées » pour un grand nombre de légumes.

La période gérée est la période où ledit légume est produit de manière importante en Suisse. Ainsi, il est possible pour la grande distribution de continuer à importer, mais pendant cette phase, elle doit payer des taxes importantes, ce qui revient à peu près au prix du produit suisse.

Par contre, quand cette phase se termine, les taxes tombent, il redevient donc possible d’importer librement et à bas prix, raison pour laquelle le fenouil redescend à 4 francs 50 le kg chez nos enseignes au logo orange.

Si on y réfléchit, c’est plutôt une chance: nos produits bénéficient d’une certaine protection par rapport au marché libre, ce qui n’est pas le cas pour beaucoup d’autres producteurs en suisse, dans le domaine des produits laitiers par exemple.

Cependant, pour nous qui faisons de la vente directe, cela est vraiment problématique.

Nous parvenons, par exemple, à produire du fenouil en janvier, à 7 francs le kg. Cependant, le chaland un tout petit peu attentif qui comparerait ce prix avec celui de la grande distribution trouverait que nous sommes des escrocs, alors que nous vendons un produit que nous avons « forcé » dans des tunnels, qui a poussé pendant 4 mois, et qui en termes de production nous coûte plus cher que lorsqu’il est de saison, là où le chaland se dira: « chic, au marché ce n’est pas plus cher que chez les grandes enseignes. 

Le problème principal est donc la comparaison « déloyale » avec un produit étranger, notamment en période « libre ».

On peut appliquer cette problématique à beaucoup d’autres légumes: le chou-fleur, le brocoli, que nous pouvons obtenir à bon prix dans les grandes surfaces à des moments où ils ne sont pas protégés.

Pire encore, il y a des légumes qui ne sont jamais gérés. Vous ne trouverez ainsi jamais de poivrons suisses dans la grande distribution.

Ainsi, les gros producteurs, chez nous, ne produiront jamais de poivrons pour se retrouver sur le marché libre en concurrence avec le poivron d’Almeria qui revient beaucoup moins cher.

Oui, rien n’est simple dans le domaine du maraîchage.

Félix Cuneo